Entretien avec Marie LAUZERAL, lauréate du Prix de la Nouvelle humoristique francophone 2015

Marie Lauzeral, votre nouvelle Last days before the death of art est la grande lauréate du 1er Prix de la Nouvelle humoristique francophone décerné le 8 mars 2015. Qu'avez-vous ressenti à l'annonce du palmarès et surtout qu'avez-vous pensé de ce concours, du thème "Un canapé sur l'Oise" et de la remise des prix au château de Méry-sur-Oise ?

J'ai adoré ce moment. Et ce petit suspense. J'ai ressenti de la fierté à l'annonce de ce palmarès, je n'ai pas peur de le dire. J'étais aussi très heureuse de faire la connaissance de Philippe Jaenada dont j'avais beaucoup aimé Le Chameau sauvage et de Franz Bartelt dont je n'avais rien lu, mais qui m'a fait un retour très détaillé sur ma nouvelle. Avoir l'avis d'un Jury de professionnels de la littérature n'est pas rien ! Et puis l'ambiance était chaleureuse, à l'image de l'initiatrice du concours et du président du Jury... Je trouve l'idée de ce prix international de la nouvelle humoristique absolument excellente et réjouissante. Et je souhaiterais vraiment qu'il rencontre un succès grandissant.

Pour ce qui est du thème 2015  "Un canapé sur l'Oise", j'ai commencé par me dire qu'il était pour le moins inédit et loufoque évidemment. En fait je continue à me demander comment il vous est venu....


Last days before the death of art éditée dans le recueil trimestriel SHORT ! (n°12) en mai dernier par notre partenaire Short Édition puis dans Un canapé sur l'Oise, préfacé par Philippe Jaenada (en version numérique) remporte un vif succès malgré un thème assez absurde. Quel a été le déclencheur de votre inspiration ? 

Le déclencheur de mon inspiration a été le thème imposé, tout simplement. J'ai essayé de mettre en scène ma propre réaction. Le personnage au début dit : "c'est bizarre comme idée", parce que c'est exactement ce que je me suis dit. Et l'autre répond: "J'y peux rien un concours c'est un concours". Et c'est aussi ce que je me suis répondu.  La nouvelle débute de façon auto référentielle, comme pour signifier au lecteur: "c'est loufoque mais que voulez-vous que j'y fasse?". Placer la situation dans le cadre d'un concours était pour moi le seul déclencheur  capable de rendre hommage à la fantaisie du thème. Après, qui dit "canapé", dit "IKEA" (enfin, pour beaucoup de gens, non? Et Romain PUÉRTOLAS ne pourra pas me contredire là-dessus!) La nouvelle se poursuit avec une satire de l'art conceptuel, parce que je réfléchis souvent à la démarche de certains artistes dont les œuvres se définissent moins par elles-mêmes que par la glose prétentieuse qui en est faite. Ce sujet m'intéresse depuis longtemps et je me repose la question à chaque fois que j'ai l'occasion d'être confrontée à une oeuvre déconcertante. Certaines œuvres sont convaincantes malgré tout parce qu'elles provoquent une émotion sincère et immédiate, d'autres me laissent plus circonspecte, voire agacée.

 

En tant que lauréate vous siégerez au côté de Romain Puértolas et des autres écrivains du jury lors des délibérations de mars 2016. Comment imaginez-vous ce moment ?

J'aime beaucoup rencontrer des auteurs d'une manière générale. J'aime lire, j'aime écrire, et converser avec des gens qui partagent ces mêmes passions est évidemment un grand plaisir. D'autant que nous travaillons la plupart du temps en solitaires. Et j'ai peu d'occasions telles que celle-là. Le succès récent de Romain Puértolas pose la question des attentes du public d'aujourd'hui. Son fakir est un "feel good book" qui, de surcroît, pose des questions graves sur la mondialisation et les flux migratoires. Je pense qu'une catégorie nombreuse de lecteurs veut cela : être divertie tout en étant interpellée sur des sujets plus graves.  Je souhaite que nous ayons des échanges intéressants sur des nouvelles qui seront à la fois rigolotes et substantielles.

 

Le thème de cette année "Votre star préférée se réveille au 18ème siècle" vous inspire quoi ?

Le voyage dans le temps est un ressort comique assez classique, moins inattendu que celui de l'année passée, mais très efficace et attractif. Je me souviens avoir bien ri en regardant Hibernatus avec Louis de Funès. Là encore, au-delà du comique de situation et des quiproquo qui en résulteront forcément, l'enjeu est, à mon avis, d'arriver à dire quelque chose de notre époque, de ses aberrations et de ses paradoxes, et aussi pourquoi pas de ce qui traverse les âges, qui relève de l'intemporel. J'aurais eu un mal fou à décider qui est ma star préférée en tout cas! Je pense que j'en aurais envoyé plusieurs juste pour arriver à me décider...

 

Pour faire rire le jury, que conseilleriez-vous aux auteurs participants à l'édition 2016 ? 

Il n'y a pas de recette. Il faut surprendre, se trouver là où l'on ne vous attend pas, se démarquer en prenant le contrepied des attentes. Mais une fois qu'on a dit cela, on n'a pas beaucoup fait avancer les choses.  Je conseillerais par exemple de se poser la question de la relation que l'on entretient avec une star: quelqu'un d'inaccessible et d'idéalisé, et de se demander si on a envie de la faire chuter de son piédestal à la faveur de ce voyage dans le temps ou bien au contraire de la laisser tranquillement traverser les âges sans heurts. Et puis il y a l'écriture, le style, qui est primordial. Là encore, déjouer les attentes, créer la surprise, innover quoi ! Il faut en tout cas "tester" l'efficacité des procédés comiques en faisant lire sa nouvelle à plusieurs personnes, pas trop complaisantes, avant de l'envoyer. Si ces personnes rient, c'est que c'est drôle. Et sinon, il faut remettre son ouvrage sur le métier. C'est du boulot de faire rire...

 

Propos recueillis par Libres Plumes

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Commentaires : 1
  • #1

    Christian Jean Dubois (mercredi, 01 juillet 2015 14:27)

    Peut-on avoir un "remord" comme un peintre lorsque l'on perçoit, après avoir envoyé son document pour un prestigieux concours, qu'un mot peut être mal interprété? Ce mot, mit dans la bouche d'un fat prétentieux du XVIIIème siècle, blesserait de nos jours, bien qu'étant normal à l'époque. Toute intention raciste étant absolument bannie de mes intentions, et avant d'envoyer mon texte par mail je souhaiterais l'amender. Est-ce possible?